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The Back Yard Theater
 
 
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FAUT PAS PAYER - DARIO FO
Dario Fo évoque dans une pièce particulièrement drôle la crise sociale sans précédent que connut l’Italie au début des années 70. Le français moyen du début du troisième millénaire y retrouve son quotidien comme dans un miroir: le prix de son loyer qui ne cesse d’augmenter, l’usine voisine qui délocalise, le prix prohibitif des denrées alimentaires...
 

Dario Fo

Sur sa pierre tombale, il souhaite que l’on inscrive : « Le clown est mort. Riez ! »
Philosophe et saltimbanque, Dario Fo, 80 ans, est toujours resté fidèle à la satire. Lorsqu’on lui décerna le prix Nobel de littérature, en 1997, on célébrait le dramaturge le plus joué dans le monde (300 productions par an de ses 80 pièces, traduites en 30 langues), l’acteur, le mime, le metteur en scène, l’historien d’art, l’architecte, le peintre...
Mais aussi l’anticonformiste, le passeur de mémoire qui, depuis les années 1950, s’est engagé dans des luttes politiques et sociales au prix de bien des démêlés avec l’Etat, la police, la censure, la télévision, le Vatican, la droite et la gauche.
Dario Fo a payé son engagement d'une quarantaine de procès, il a été expulsé de la télévision publique, il a risqué de perdre un œil lors d’une manifestation... C’est le prix que paie le bouffon, celui qui dit la vérité :
« Tout système de dictature est fondé sur la peur. Le rire libère l’homme de la peur »
En 1973, Dario Fo met en scène, avec sa femme Franca Rame, le spectacle « Poum, poum ! Qui est là ? La police ! », dénonçant les répressions policières de cette époque, les « années de plomb ». Le 9 mars, Franca Rame est kidnappée par un groupe de cinq néofascistes...
Ils lui écrasèrent des mégots de cigarette sur la poitrine. Ils lui taillèrent la peau avec des lames de rasoir. Ils la violèrent. Franca raconta l’histoire à la police, mais elle omit le viol. Dario Fo ne l’a appris que des années plus tard. Elle craignait que, pour la protéger, il ne s’éloigne de son engagement... En 1978, elle eut l’immense courage de raconter ce cauchemar sur scène.
En 1987, deux repentis néofascistes révélèrent aux juges que la « punition » de Franca avait été décidée par des carabiniers de la division Pastrengo de Milan. L’un des deux hommes, capitaine à l’époque, raconta que, cette fameuse nuit de 1973, la nouvelle du viol de Franca Rame avait été accueillie à la caserne « avec une grande euphorie ». Malheureusement, ces aveux sont arrivés trop tard : les faits étaient déjà prescrits.
Les Italiens l'aiment. Les institutions le craignent. Le Vatican est intervenu plusieurs fois contre lui, en particulier lors des représentations de Mistero buffo, pièce dans laquelle un jongleur évoque en neuf tableaux les « aventures de Jésus ». Lorsque le spectacle passa à la télé, l’Eglise décréta qu’il s’agissait de la pièce la plus hérétique de l’histoire du théâtre, et le clergé la fit censurer.
Lorsqu'il reçu le prix Nobel, il a distribué aux membres du jury des croquis satiriques dessinés par lui. Puis il a lu un discours intitulé « Contra jogulatores obloquentes » (Contre les bouffons), en rappelant au roi de Suède qu’en 1757 son pays avait promulgué une loi contre les saltimbanques, et il lui a demandé : « Etes-vous conscient du fait que vous venez de couronner un bouffon ? »
A la question « La satire ne vous quitte-t-elle jamais ? », Dario Fo repond : « Jamais. Le rire et encore le rire. Lorsqu’un enfant naît, ses parents s’empressent de le faire rire, en lui faisant des grimaces. Pourquoi ? Parce que, au moment où il rit, cela signifie que l’intelligence est née. Il a su distinguer le vrai du faux, le réel de l’imaginaire, la grimace de la menace. Il a su voir au-delà du masque. Le rire libère l’homme de la peur. Tout obscurantisme, tout système de dictature est fondé sur la peur. Alors, rions ! »

La pièce : « Faut Pas Payer »

Il va avoir 80 ans en 2006 et continue à courir à travers l’Italie pour présenter sa dernière comédie Le Monstre bicéphale, une extravagance où l’on voit Berlusconi se faire greffer le cerveau de Poutine... Dario Fo est un artiste militant qui utilise le théâtre pour débattre, et si les luttes sociales traversent son œuvre, c’est toujours à grands coups d’éclats de rire. On dit de lui qu’il a inventé le vaudeville militant.
« Faut pas payer! » est l’un des modèles du genre. Dario Fo y a même été visionnaire. Au moment où il inventait l’argument de sa pièce, des mouvements spontanés contre des augmentations abusives apparurent en octobre 1974: deux magasins de Milan furent envahis et dévalisés par des manifestants, en majorité des femmes. Celui qui allait décrocher en 1997 le prix Nobel de littérature y décrit, tel un journaliste, la révolte d’une centaine de ménagères qui, estimant les prix trop élevés, décident de se servir et de partir sans payer, en un mot: «d’acheter à prix militant»...

C’est sans doute l’étonnant mimétisme entre la situation sociale italienne de 1974 et celle de la France de 2006 qui rend cette pièce particulièrement percutante. Si l’auteur se garde bien de donner des leçons, cette virulente comédie est d’une redoutable efficacité. Les placards du petit appartement sont pleins de surprises et l’intrigue poussée jusqu’à l’extrême... Le tout est mené à un train d’enfer et l’on rit, on rit beaucoup dans ce bel exemple de théâtre populaire (en colère) ancré dans une brûlante réalité.